CATTP / EPS Ville Evrard

Publié le 4 Octobre 2010

Octobre. Le 1er.

Mon attitude revêche de la veille me pèse encore...

Aujourd'hui c'est une rude journée, deux lieux différents, donc deux montages-démontages. J'ai une énergie du diable, prête au marathon. Et nous jouons deux fois le Poisson.

L'Etablissement public de santé de Ville-Evrard, qui couvre 34 communes de Seine-Saint-Denis, regroupe 15 secteurs de psychiatrie et 3 secteurs de psychiatrie infanto-juvénile.

D'abord nous jouerons au CATTP (Centre d'accueil thérapeutique à temps partiel) où les patients viennent faire des activités en groupe pour leur permettre d'accéder à plus d'autonomie.

Ensuite nous irons à l'hôpital du Clos Benard, centre médico-psychologique qui accueil des enfants, des ados et des adultes. Nous jouerons dans le service d'hospitalisation à temps plein.

Le CATTP est situé au rez de chaussé d'un immeuble. Une porte d'appartement. Derrière 5 pièces : un bureau, une cuisine, une salle d'art plastique, une salle de réunion et la dernière salle est un atelier de peinture. C'est petit mais ici ça vit ! Modelages, photos, peintures, dessins accrochés aux murs, livres, boites, découpages, grandes toiles, marionnettes...il y en a partout.

Nous nous installons dans la cuisine/pièce commune, la plus petite salle que nous ayons jamais eue. Des patients de tous âges, des soignants. La petite salle est vite pleine.

Il y a une attention comme jamais. Un effort d'attention mêlé à une grande impatience d'assister au spectacle pour le public. 

Pendant la représentation du Poisson un ado, environ 14 ans, autiste, pousse des cris, renverse des cd et des papiers posés sur une étagère à côté de lui. La personne qui l'accompagne le calme. Cet accompagnant vient me voir à la fin, désolé. Il me dit en parlant de l'adolescent : "il avait besoin de réagir, c'est sa façon à lui de dire qu'il est heureux, parce qu'il fait de la marionnette lui aussi, et ça lui a procuré beaucoup d'émotion d'un coup...". L'adolescent est là, à côté de lui, il me sourit, il me prend la main et la tient longtemps, ses yeux droits dans les miens. Il ne parle pas, il regarde et laisse ses émotions le traverser. Et ses émotions me traversent. Je suis heureuse de le voir heureux. Je suis heureuse d'être là.

Au moment du démontage, un infirmier m'accompagne, il me remercie, il me dit que c'est important, ça, notre venue dans la petite cuisine du CATTP. Je sens qu'il veut me dire quelque chose de plus. Il hésite. "Vous savez, il s'est passé quelque chose ce matin...j'ai une patiente, âgée, qui a traversé des horreurs indicibles...elle est une survivante des camps de concentration...elle est ici depuis des années, elle ne peut pas exprimer ses émotions. Jamais. En aucun cas. Et c'est ça, sa souffrance. Moi, dit-il, j'avais mis des affiches du spectacle partout dans le service. Et cette femme est venue me voir ce matin. Elle m'a dit : "Je suis comme un poisson". L'infirmier continue : "je ne voyais pas le rapport, je lui ai demandé pourquoi elle disait ça. La dame a dit : "Je suis comme le poisson dans l'eau, je pleure, mais on ne peut pas voir mes larmes". Et les larmes ont soudain coulé. Pour la première fois."

Et il y avait dans les yeux de cet infirmier beaucoup de brume, et dans les miens aussi, encore, à vous raconter cela.

Je n'y suis pour rien. Nous n'y sommes pour rien. C'est un hasard, un concours de circonstance.

Mais il y a les cris de joie de l'ado et les larmes de cette dame.

ça ça existe. Rien ne compte davantage.

 

 

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Rédigé par alombredicietla.over-blog.com

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