Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 15:24

 

 

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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 22:15

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Un quartier d'Aubervilliers.

C'est une maison implantée là, au coin de la rue. Il y a du sourire chez les jeunes femmes qui nous accueillent. 

Ici les actions de soins, de santé, d'amélioration des conditions de vie se conçoivent ensemble, avec les gens du quartier.

Des jeunes et des familles. Des projets. Des actions. Dans la maison.

Toute la journée les enfants franchissent la porte, avec les 2 euros en poche. Pour le spectacle.

Ils veulent voir. Passer la tête dans l'entrebaillement de la porte. "C'est quoi?, c'est un spectacle de magie?"

Les jeunes femmes qui les accueillent les connaissent tous par leur prénom. C'est évident qu'ici c'est une deuxième maison.

"Yacine, reviens dans 3/4 d'heure, c'est trop tôt pour le spectacle." 10 minutes plus tard, Yacine est là. Avec ses deux euros.

Des enfants.

Beaucoup.

Ils se bousculent pour entrer. La salle n'est pourtant pas petite mais très vite pleine. On rajoute des chaises. Chacha. Bonhomme. Plein à craquer.

Ils réagissent à tout. Commentent tout. S'interpellent. Rient. C'est la fête ici.

Quand on retourne les castelets c'est un flot de questions. Ils refont l'histoire. Le diable. Le rat. Le Phénix. le Roi des bêtes...il faut tout montrer, refaire pour eux les scènes qui leur ont plu. "Vous pouvez rejouer les histoires encore?"

A 16H30 c'est le Poisson. Pour les plus grands et les parents.

Mais les plus grands ils ont 10 ou 11 ans. Et tous les autres veulent revenir.

Des enfants du quartier.

Chercher les 2 euros. S'inscrire sur la liste et ne pas manquer le début.

Mes limites d'âge, ici, ça ne marche pas. Ça ne tient pas la route.

Ici c'est l'envie qui compte. Et ils ont tous envie. Un monde fou. Une foule d'enfants. Ceux qu'on a déjà vu, ceux qu'on ne connait pas, amenés par les copains, copines. Il fait une chaleur terrible dans la salle. Les enfants sont impatients, excités. ils parlent forts, changent de place, se chamaillent "toi t'es trop grand pour être devant, je ne vois rien !"

Il y en a un qui demande à son voisin : "C'est quoi le titre?", l'autre répond "le poisson qui pète!" et immédiatement ça se propage comme une trainée de poudre "le poisson qui pète - le poisson qui pète..."

Non.

Moi il pleure, mon Poisson. Il sait bien qu'il est trop long...il n'a pas l'efficacité immédiate du petit bonhomme ou de la Chachatatutu....

Pas le choix. Ne pas reculer, ne pas décevoir.

Vincent et moi déployons une énergie incroyable. Une énergie concentrée.

Entre marcher sur des oeufs et manipuler de la nitroglycérine. C'est l'impression que ça me fait en tout cas.

Il faut tenir la salle avec l'histoire-trop-longue-aux-mots compliqués.

Nous sommes entièrement branchés sur eux, leurs respirations, leurs rires, leurs marques d'impatience. Nous sommes trempés de sueur. C'est incroyable d'avoir perdu tant d'eau en tenant d'aussi petites silhouettes...

Nous arrivons au bout. Je donne la dernière réplique dans un essoufflement. Je me fais penser à une marathonienne qui vient répondre à une interview juste après la course. Les (quelques rares) adultes rient.

Ce ne fut sans doute pas la meilleure, mais pas la pire non plus. A la rencontre qui suit les questions fusent encore. Ils veulent voir, comprendre, toucher (ah ça oui, ils veulent tous toucher !)

Les enfants viennent nous serrer la main, nous dire au-revoir. Certains regardent le démontage. 

Puis la maison se vide.

Restent les jeunes femmes au sourire accueillant.

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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 20:12

Il faut sonner pour entrer. Derrière nous les portes se ferment. 

C'est un hôpital. Psychiatrique. Fermé. Un grand hall à l'entrée. Des couloirs, larges. Un jardin au coeur du bâtiment.

Ce qui me frappe ici c'est le silence. Nous croisons des patients, des soignants, ici rien ne fait de bruit, même quand on marche.

Il n'y a que nous qui sommes bruyants, avec nos sacs, nos socles sur roulettes, nos aller-retour jusqu'au camion.

Mais petit à petit le silence nous gagne nous aussi.

L'ascenseur est encombré de nos affaires, je prends l'escalier. Deux patients, un jeune et un de mon âge, assis devant les baies vitrées qui donnent sur le jardin. Celui de mon âge à l'autre : "regarde!" (il montre une grosse chevalière à son doigt), "C'était à mon père. Maintenant c'est à moi. Dessus c'est l'ange Gabriel terrassant le dragon. Ça tu vois, ça me protège. Je ne veux pas l'enlever."

Je glisse sur le sol, sans faire de bruit. Le jeune "Bonjour!". C'est à moi qu'il s'adresse. 

-"Bonjour."

-"Vous avez vu, il y a un jardin. C'est pour fumer si on veut. Vous avez une cigarette?"

-"Non, désolée." 

Dans ma poche mon paquet. Je monte les escaliers. Et je me trouve bien bête. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas si j'avais le droit de le faire. Je me contente de glisser sur sol, la tête baissée. Un vieux monsieur m'appelle. "Vous partez déjà?" je dis "Non, je reste." et je lui souris. Je ne sais pas ce que je dois dire. Voilà. Ici je n'ai pas les codes, je ne sais même pas s'il y a vraiment des codes, sinon ceux que j'échafaude dans ma tête...et je la trouve bien coincée, ma tête, face à ces gens qui ont mis, pour un moment, leurs têtes au repos du Clos, le temps d'aller mieux pour affronter le dehors.

Nous montons le décor. François et Manu obstruent la baie vitrée qui donne sur une petite terrasse. Fermée.

Je repense à la cigarette refusée. A mon "Non, je reste".

Oui je reste. J'ai envie de jouer. Ici. Ça je sais que j'ai le droit de le faire. Jouer. Faire jouer les ombres et les couleurs. Raconter des histoires. 

Il est 20H. Nos spectateurs arrivent. En robe de chambre. Silence des chaussons qui glissent sur le sol.

Il y a Ben, dont Vincent a déjà parlé. Casquette à visière. Il se précipite au premier rang. "La meilleurs place!" il dit. Son voisin du même âge, bras tatoués. Une jeune fille si frêle, si mince, de grands yeux. Elle vacille, manque de tomber. Je l'aide à s'asseoir. "J'ai déjà failli m'évanouir tout à l'heure", elle me confie. Elle me montre ses mains, qu'elle tient devant elle pour que je vois les tremblements. Son voisin, un monsieur d'un certain âge, les lui prend doucement et les serre dans les siennes. "Ne t'inquiète pas, ça va aller". Un tout jeune ado, regard un peu perdu, un peu ailleurs. D'autres gens encore s'installent au compte goutte. Ben, qui n'a pas sa langue dans sa poche, "Faudrait pas tarder à commencer avant qu'on s'endorme...c'est les médicaments..."

Comment vous dire...Vincent et moi nous sommes sereins, le calme ambiant nous a gagné. On a juste envie de raconter.

"Imaginez le pays que vous voulez...un pays où il ferait bon aller rêver un peu quand il fait gris..."

Le monsieur âgé qui tient toujours les mains de la jeune fille frêle "j'ai 75 ans ! Je suis allé partout! Allemagne. Angleterre. Afrique du nord. j'ai beaucoup voyagé. J'ai 75 ans, eh oui." Je lui souris et je continue.

Je dis à la jeune fille au grands yeux  "mais voilà qu'un matin, apparut une tige, frêle et chétive, poussée là par on ne sait quel miracle au milieu des cailloux blancs...". Ses mains sont posées sur ses genoux.

Il y a les rires sur le bouton du roi, les rires sur les médecins qui s'agitent autour, le silence pendant la grotte et le rêve de la reine

 Il y a, oui, des têtes qui dodelinent, des yeux qui se ferment. Il y a des yeux qui luttent aussi pour rester ouverts. Ben qui s'extasie au premier rang. 

C'est un conte. Comme quand on était petit.

C'est un monsieur qui vient nous dire, à la fin de l'histoire, tout fier : "je n'ai pas dormi!".

C'est Ben qui dit "faut me promettre que vous continuerez de faire ce que vous faites pour les gens, partout.".

C'est son voisin tout endormi qui me dit "moi j'aime pas trop les histoires inventées...je préfère quand ce sont des histoires vraies".

C'est l'ado aux yeux tout perdu qui lui ne dis rien, juste à la fin chuchoté "Merci Madame, au revoir" et qui me serre la main, timidement.

C'est la silhouette de la jeune fille frêle qui disparait, vacillante, au bout du couloir du Clos Benard. 

C'est une soirée en robe de chambre et chaussons.

Ce sont des anges, terrassant les dragons.

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Mardi 5 octobre 2010 2 05 /10 /Oct /2010 11:31

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Mardi 5 octobre 2010 2 05 /10 /Oct /2010 11:29

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  • : "A l'ombre d'une histoire", ce sont 3 valises rouges, deux petites et une grande. Ouvertes, elles dévoilent trois petits théâtre d'ombre complets : écran, lumière, musique. Les décors se déroulent au fur et à mesure de l'histoire. Les silhouettes, noires ou colorées, simples ou articulées, évoluent dans les différents tableaux finement ciselés. La pénombre...une prise électrique...les histoires se racontent...
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